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                           LES ARMES,
    UNE HISTOIRE AMERICAINE

L'attachement que les Américains vouent aux armes remonte aux origines mêmes de la colonisation de I' Amérique du Nord. Après une interminable traversée sur de méchants navires, les premiers colons qui débarquent au XVe siècle sur une terre inconnue et peu hospitalière se fient a leurs arquebuses pour affronter les dangers qu'ils vont rencontrer. Les premiers contacts avec les authentiques Américains que sont les Indiens tournent vite au vinaigre. Contrairement aux colons français du Canada, les fondateurs de la Nouvelle-Angleterre ne sauront pas s'en faire des amis. Bible au poing, mousquet dans I'autre main, les puritains du Mayflower et leurs successeurs se ferment dans la prétention d'être le nouveau peuple élu de Dieu a qui le Nouveau Monde est destiné de toute éternité. Ils ne nourrissent qu'aversion et mépris pour ces païens de ( sauvages ).
Au début, les Indiens ne se méfient pas de ces Blancs qui leur donnent à signer d'une croix des tas de papiers incompréhensibles, les premiers  " traités" qui légalisent la grande valse des spoliations. Quand ils découvrent qu'ils ont été joués, les Indiens ripostent. Le sang coule, rouge et blanc, tandis que les colons deviennent de plus en plus nombreux et agressifs.
En 1662, massacre de colons anglais en Virginie, suivi d'une répression plus sanglante encore. En 1675, cinquante ans après I'arrivée du Mayflower, le sachem des Wampanoags, grande tribue de la côte atlantique aujourd'hui disparue, rassemble ses guerriers pour chasser l'envahisseur. C'est la première guerre indienne, la plus meurtrière de toutes. Vingt mille Peaux-rouges armés d'arcs et de flèches a pointe d'os contre 50 000 colons équipés de mousquets et d'épées de bon acier. Les Indiens sont écrasés.

Le Mayflower

Leur chef, "King Philip" comme disent les Anglais, est tué.Les survivants sont déportés aux Antilles et vendus comme esclaves. Cette première guerre indienne porte en elle toutes les autres, qui dureront deux siècles.
Pour les colons anglais de New York, de Baltimore ou de Philadelphie, les Indiens ne sont pas Ie seul ennemi. Au nord de leurs colonies, ils s'efforcent de contrer les Français du Canada en une guerre impitoyable qui durera un bon siècle, jusqu'a la défaite du marquis de Montcalm sous les murs de Québec en 1759. Quatre ans plus tard, la victoire des colons anglais (et de I' Angleterre) sera sanctionnée par Ie traité de Paris, qui met fin a la souveraineté française sur ce qui avait été la Nouvelle-France.
A cette guerre vont succéder la guerre d'indépendance des colons contre I' Angleterre (1775-1782) et la fondation des Etats-Unis d' Amérique. Les milices levées par les colonies révoltées vont tenir tête aux régiments de Sa Majesté, avec I' appui de la France, qui se venge ainsi du traité de Paris et de la perte du Canada.
Au siècle suivant, les colonies indépendantes, devenues Etats Unis d' Amérique, continuent de recevoir un flot ininterrompu d'immigrants venus d'Europe et poursuivent leur expansion dans toutes les directions. Au sud, pour la possession du futur Etat du Texas, outre les Indiens, on combat longtemps les Mexicains. Et ceux qui guerroient ainsi sont des trappeurs comme Davy Crockett ou des aventuriers comme Jim Bowie, les deux héros de Fort Alamo (1836). Pour conquérir ce qu'ils croient être une terre de liberté, la terre des Américains, tous ceux-Ia, comme leurs prédécesseurs, se battent pour leur compte, avec leurs propres armes. Ils ne sont pas les soldats d'un Etat.
Vers l'Ouest aux espaces infinis, I'arme personnelle est tout aussi indispensable aux pionniers, aux forbans et aux immigrants qui vont repousser sans cesse les limites de la "frontière", jusqu'au Pacifique.

Ce ne sont pas seulement les indiens mais la nature elle-même qui constituent une menace. L'arme est nécessaire aussi contre la peur et contre I'homme, Ie pire des prédateurs, en un temps ou la seule loi connue est, suivant I'adage, la "Ioi du Colt". En trois siècles, I' Amérique s'est vraiment faite a I'initiative de chacun, fusil en main ou revolver au poing.
Au début du xve siècle, les premiers colons de Virginie avaient apporté avec eux I'usage européen de leur temps, qui réservait Ie privilège de porter une arme aux seuls gentilshommes. Cinquante-quatre des 107 colons présents sont inscrits comme gentlemen avec droit aux armes. Devant la nécessite, il faut bientôt renoncer à cette distinction. Dans les quatre ans qui suivent leur arrivée, tous les colons reçoivent une arme.
Une nouvelle conception de la responsabilité civique naît de la nécessite, renouant avec I'ancienne tradition celte et germanique pour qui I'homme libre se distingue avant tout par Ie droit et Ie devoir de porter une arme.
Après la grande révolte indienne et Ie massacre de 1662, une première milice de Virginie réunit obligatoirement tous les mâles de seize à cinquante ans. La milice est Ie contraire d'une armée régulière. Elle est formée de tous les hommes, paysans, ouvriers et bourgeois qui conservent leurs armes a portée de main et sont toujours prêts a répondre a I'appel du tocsin. Chaque colonie a bientôt sa propre milice.
Apres la guerre d'indépendance, Ie second amendement de la Constitution des Etats-Unis reconnaît solennellement : "Une milice bien organisée étant nécessaire a la sécurité d'un Etat libre, Ie droit du peuple a posséder et a porter des armes ne peut être violé."
A partir de la ruée vers I'or de Californie, en 1848, chacun s'efforce de se procurer un pistolet ou, mieux encore, un revolver, dont I'invention est contemporaine du début de cette "conquête de l'Ouest". Le revolver, porté à la ceinture ou dans la poche, laisse les mains libres pour Ie travail ou la conduite du cheval.

Toujours présent, toujours disponible, il est à tout le moins un réconfort dans la solitude. II est
I' assurance tous risques du pionnier et son "porte-respect".
Dans I'aventure de l'Ouest se forge alors une philosophie qui n'est pas dépourvue de sagesse. Si dans la main du criminel l'arme est une menace, dans celle du citoyen responsable, elle permet de conjurer cette menace. L'arme est la seule protection contre l'abus de l'arme. Elle est donc un instrument indispensable d'équilibre et de justice.
L'efficacité de ce code élémentaire n'est pas contestable. De 1865 a 1900, on ne dénombre dans tout l'Ouest que 600 meurtres, alors que dans la seule ville de New York, ou siègent des tribunaux réguliers, on en recense 799 pour la seule année 1866 !
En réalité, la réputation sanglante de l'Ouest est une invention des journalistes de I'époque et des cinéastes d'aujourd'hui. Avec ses hommes armés, l'Ouest est plus paisible que les villes industrielles. Il faut ajouter une raison pratique a ces faibles statistiques de meurtres. Contrairement à la légende colportée par le western, il n'est pas facile de toucher un quidam avec un revolver, si ce n'est à bout portant. Les extravagantes performances des tireurs de cinéma ne sont que du... cinéma. Fortement influencé par la présence nombreuse des anciens soldats confédérés reconvertis en cow-boys, le code non écrit de l'Ouest prescrivait de ne jamais tirer sur un homme désarmé. Il imposait de donner à tout adversaire la chance que l'on réclamait pour soi-même. Celui qui se risquait à enfreindre ce code s'exposait aux représailles immédiates de la famille et des amis de la victime ou même des simples témoins.

La nostalgie de cette époque de grande santé transparaît aujourd'hui, et pas seulement aux Etats-Unis. Elle explique un fort engouement pour les revolvers anciens, témoins et symboles d'une existence plus libre et plus fière.