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  SAMUEL  COLT ET   LE REVOLVER MODERNE 

L'histoire de Samuel Colt est un vrai conte de fées américain. Né à Hartford (Connecticut) le 19 juillet 1814, dans une famil­le pauvre, il terminera sa vie à la tête d'une immense fortune et son nom sera universellement connu, au point de passer dans le langage courant comme synonyme de revolver. Pourtant, contrairement à la légende, Samuel Colt ne fut pas l'inventeur du revolver, mais il sut utiliser les innovations techniques de son temps pour créer le premier revolver pratique et fiable. Il fut aussi un commerçant habile autant qu'un industriel avisé. Si l'on en croit le grand Sam lui-même, c'est à quinze ans, alors qu'il était mousse à bord d'un voilier assurant la liaison avec l'Inde, qu'en observant le système d'accrochage de la barre il eut l'idée du mécanisme de barillet qui allait faire sa fortune. De retour au pays, il travaille chez un armurier. Il réalise son premier prototype. En 1836, il dépose son brevet aux États-Unis et crée sa première société à Paterson, dans le New Jersey, d'où le nom de Colt Paterson donné aux revolvers fabriqués alors. Pour vendre ses armes, Sam a des idées et du culot. Espérant obtenir une commande de l'armée, il se rend à Washington, offre un modèle gravé au président Andrew Jackson et invite à dîner des officiers. Mais les bureaux de l'armée ne s'intéres­sent pas à son revolver. Il va donc tenter sa chance au Texas, nouvellement indépendant, qui sera son premier client sérieux. Mais les ventes restent insuffisantes. En 1842, sa société fait faillite. En 1847, la guerre contre le Mexique le remet en selle avec une commande de l'armée obtenue par un admirateur, le capitaine Sam Walker. La fabrication reprend, elle ne s'arrêtera plus. La grande aventure commence.

En 1818, une idée novatrice sera simultanément améliorée par le Parisien François Prélat, l'Améri­cain Josuah Shaw et l'Anglais Durs Egg, qui imaginent tous trois d'enfermer une pastille de fulminate dans de petites capsules cylindriques en cuivre mince rendues étanches par une goutte de gomme. Placée sur la cheminée d'une arme (petit conduit en saillie communiquant avec la chambre), cette capsule est écrasée par la chute du chien et enflamme la charge. L'arme à percussion est née. Par rap­port aux anciens systèmes à silex, le chargement et la mise à feu se trouvent nettement simplifiés. On fabriquera ainsi des pistolets à percussion à un ou deux canons

Colt Paterson

La création et le développement des  premiers  revolvers améri­cains    par Samuel  Colt n'auraient  pas  été  possibles sans la cascade d'inventions qui se succèdent depuis les premières années du XIX siècle. La plus marquante est celle de la mise à feu au moyen d'une amorce au fulminate de mercure. Elle a été conçue en 1805  par un  pasteur écossais, grand chas­seur et armurier amateur, Alexandre Forsyth.

L'invention de la capsule au fulminate permet la création, vers 1820, des premières poivrières, ancêtres des revolvers. Les poivrières sont formées de plusieurs canons assemblés ou forés autour d'un axe. Dans les tout premiers modèles, les canons doivent être empoignés et tournés à la main, exactement comme le corps d'une de nos poivrières, d'où leur nom. Par rapport à ces systèmes frustes, le premier revolver Colt Paterson, créé en 1836, apporte d'emblée quatre nouveautés décisives. À la différence des poivrières, il comporte un barillet court à plusieurs chambres face à un seul canon. Pour cette raison, il est moins encombrant, plus léger et mieux équilibré. La rotation du barillet et l'aligne­ment exact d'une chambre face au canon sont obtenus par l'armement du chien, qui se fait à la main (simple action). C'est également l'armement du chien qui commande le verrouillage automatique du barillet. Enfin, les cheminées (sur lesquelles sont placées les capsules) sont séparées par des remparts évitant que l'ex­plosion d'une capsule au ful­minate ne mette feu aux autres.

Malgré tous ses efforts pour vendre ses revolvers Paterson, Samuel Colt fait faillite en 1842. Il va vivre d'expédients jus­qu'à la divine surprise de 1847 qui voit les États-Unis entrer en guerre contre le Mexique. L'armée américaine a brus­quement besoin d'armes. Le capitaine Sam Walker, admira­teur des premiers revolvers Colt, obtient une commande de l'armée et suggère plusieurs améliorations qui sont aussitôt adoptées par l'inventeur. Samuel Colt crée derechef une nouvelle société, domiciliée à New York, et confie la fabrication du nouveau revolver à l'usine Whitney de Whitneyville.


En  l'honneur du capitaine   Walker,   tué dans   les   premiers   combats contre les Mexicains, le nouveau mo­dèle reçoit son nom. C'est un calibre .44 qui expédie une grosse balle conique de 14,25 g. Il est beaucoup plus robuste, lourd et massif que le Paterson. Alors que la platine de ce dernier avait dix-sept pièces, le mécanisme de l'imposant Colt Walker n'en a que cinq. Il est pourvu d'une détente fixe protégée par un pontet en laiton. La car­casse ouverte est munie d'un bouclier protégeant les cap­sules, avec une échancrure pour le chargement. Un levier-refouloir à balle est fixé à la console. Il sera fabriqué pendant environ un an.

 


Colt Walker

La fabrication d'un premier modèle de type militaire avait été lancée par les frères Wesson, ceux qui donneront naissance à Smith & Wesson. En juin 1851, au cours d'un procès retentissant devant le tribunal de Boston, Samuel Colt fit condamner la
Massachusetts Arms Co pour contrefaçon de son propre brevet de 1836.

Ayant ainsi obtenu gain de cause contre son concurrent, Colt conserva jusqu'à l'expiration de son brevet, en 1857, le monopole de la fabrication des revolvers sur tout le territoire des Etats-Unis.

C'est après 1857 que la fabrica­tion du Wesson  &  Leavitt put enfin reprendre, pour peu de temps. Les frères Wesson n'oublieront pas la leçon. Quand Daniel B. Wesson, actionnaire de la Massachusetts Arms Co, fon­dera sa propre entreprise avec Horace Smith  pour la fabrication d'un revolver à cartouche métallique,  il s'appuiera à son tour sur un maître brevet pour éta­blir son monopole.

Colt Dragoon